Le Cantu in paghjella profane et liturgique de Corse de tradition orale

    

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Inscrit en 2009 (4.COM) sur la Liste du patrimoine immatériel nécessitant une sauvegarde urgente

© 2009 Michele Guelfucci-Glinatsis :

La paghjella est une tradition de chants corses interprétés par les hommes. Elle associe trois registres vocaux qui interviennent toujours dans le même ordre : l’a segonda, qui commence, donne le ton et chante la mélodie principale ; l’u bassu, qui suit, l’accompagne et le soutient ; et enfin l’a terza, qui a la voix la plus haute, enrichit le chant. La Paghjella fait un large usage de l’écho et se chante a capella dans diverses langues parmi lesquelles le corse, le sarde, le latin et le grec. Tradition orale à la fois profane et liturgique, elle est chantée en différentes occasions festives, sociales et religieuses : au bar ou sur la place du village, lors des messes ou des processions et lors des foires agricoles. Le principal mode de transmission est oral, principalement par l’observation et l’écoute, l’imitation et l’immersion, d’abord lors des offices liturgiques quotidiens auxquels assistent les jeunes garçons, puis à l’adolescence au sein de la chorale paroissiale locale. Malgré les efforts des praticiens pour réactiver le répertoire, la paghjella a progressivement perdu de sa vitalité du fait du déclin brutal de la transmission intergénérationnelle due à l’émigration des jeunes et de l’appauvrissement du répertoire qui en a résulté. Si aucune mesure n’est prise, la paghjella cessera d’exister sous sa forme actuelle, survivant uniquement comme produit touristique dépourvu des liens avec la communauté qui lui donnent son sens véritable.

Rapport périodique

Nom de l'État partie

France

2006-07-11

Nom de l'élément

Cantu in paghjella, a secular and liturgical oral tradition of Corsica

Inscrit en

2009

2014 - 2017

Le cantu in paghjella est un chant d’hommes, interprété a cappella dans des langues diverses (le corse, le sarde, le latin et le grec) et par trois voix : a seconda (voix principale, qui lance le chant), u bassu (voix de basse, qui vient soutenir a seconda) et a terza (voix haute ou tierce, qui vient ornementer le chant). Son processus harmonique se construit à partir du versu (intrication verbe/son, qui identifie les lieux et des individus appartenant ou ayant appartenu à des familles de chantres), par l’entrée successive et inchangée des voix, par leur agencement par tuilage, par l’utilisation de l’ornement (e ricuccate, ou mélismes), comme élément structurel et par le respect d’un code comportemental précis.
L’objectif général du plan de sauvegarde est, depuis l’origine, de soutenir la pratique du cantu in paghella profane et liturgique des différents versi (manière d’interpréter le chant suivant les différentes régions ou individus) de paghjelle ou de messes encore connues à ce jour. La méthode empruntée est identique à celle utilisée par les générations antérieures, à savoir uniquement par transmission orale et sans aucune partition. Aujourd’hui, cependant, la pratique bénéficie d’enregistrements via des supports numériques divers et variés et accessibles à tous, facilitant ainsi l’apprentissage. Depuis 2009, le programme d’actions inscrites au plan de sauvegarde se décline en quatre axes : la transmission, la recherche, la protection, la promotion/mise en valeur.
L’organisme chargé de la mise en œuvre du plan de sauvegarde est, depuis l’origine, l’association Cantu in paghjella (http://www.cantuinpaghjella.com/paghjella.php), organisme de statut privé, créé en 2007. Durant la période 2014-2017, elle a connu des évolutions conséquentes, liées à un changement de direction, avec la nomination de Pierre Agostini à la présidence en juin 2016. Une nouvelle équipe, beaucoup plus enracinée dans le contexte géographique, sociologique et culturel du cantu in paghjella, a succédé à l’équipe précédente, tout en conservant l’adhésion active de la communauté des chanteurs et en lançant des initiatives pour la renforcer.
Ce contexte a entraîné des changements importants, parmi lesquels il faut citer en priorité :
- la mise en place d’une nouvelle direction, élargie à l’ensemble des chanteurs dans le périmètre d’expression originel de la paghjella (grande Castagniccia et micro-régions hors périmètre : Balagne, Nebbiu, Sud ajaccien) ;
- la création d’un Conseil scientifique international, regroupant la France, l’Espagne et l’Italie et composé de praticiens, de musicologues et d’associations ; il a tenu son premier symposium à Corte en juin 2017 ;
- le renforcement de la campagne de collecte (cinq messes en situation, des paghjelle profanes et des chants de veillées dans les communautés villageoises).
Parallèlement, la transmission a été menée dans la foulée des actions précédentes : interventions dans les collèges et les lycées, animations dans la communauté corse de la diaspora, ateliers et veillées dans les communautés villageoises.
Une trentaine de praticiens aguerris, qui maîtrisent un nombre conséquent de chants, de versi et de messes des vivants et des morts, avait été répertoriée en 2008, au moment de la préparation de la candidature à l’inscription sur la Liste de sauvegarde urgente. Au terme de la période 2014-2017 sont venus s’ajouter à ce socle, non seulement une vingtaine de paghjellaghji (praticiens formateurs) supplémentaires, qui, du statut de débutants, sont passés aujourd’hui à une réelle maîtrise du chant et des répertoires, mais encore les jeunes collégiens, passés, depuis, à l’âge adulte, qui ont bénéficié d’au moins trois années de transmission : environ trente d’entre eux ont atteint une réelle maîtrise du chant.

Titre (Mme/M., etc.)

Ms

Nom de famille

Chave

Prénom

Isabelle

Institution/fonction

Adresse

Ministère de la culture
Direction générale des patrimoines
Département du Pilotage de la recherche et de la Politique scientifique
6 rue des Pyramides
75001 PARIS

Numéro de téléphone

+ 33 (0) 1 40 15 87 24

Adresse électronique

isabelle.chave@culture.gouv.fr

Autres informations pertinentes

Durant la période 2014-2017, aucun changement n’a eu de répercussions sur les critères qui ont valu à l’élément, en 2009, son inscription sur la Liste de sauvegarde urgente. Le cantu in paghjella profane et liturgique de Corse de tradition orale continue à répondre aux critères de définition du PCI de l’article 2 de la Convention Unesco de 2003, ratifiée par la France en 2006.
La reconnaissance internationale, liée à l’inscription sur l’une des listes du Patrimoine culturel immatériel de l’humanité en 2009, a redonné confiance et espoir aux praticiens et aux communautés villageoises : c’est même avec un sentiment de fierté que les gens s’adonnent à la pratique de la paghjella.
L’association Cantu in paghjella met particulièrement l’accent sur le rôle des praticiens capables de transmettre à leur tour aux jeunes générations la pratique du cantu : son objectif est d’augmenter significativement le nombre de personnes formées pour devenir à terme des paghjellaghji.
Le fait que l’association Cantu in paghjella ait renforcé, depuis 2016 notamment, ses relations et ses déplacements auprès des communautés villageoises, dans un ressort géographique élargi, a généré à la fois un regain d’intérêt pour la collecte de chants anciens et le réveil de pratiques dans les générations actuelles encore en contact avec les anciens. Un réel renouveau dans la pratique du chant paghjella, particulièrement parmi les jeunes, a ainsi été constaté par l’association Cantu in paghjella depuis lors.
L’autre apport concerne la redécouverte, à partir de cette pratique culturelle communautaire, de la langue corse, de la poésie (corse et, au-delà, méditerranéenne, représentée par exemple par Dante Alighieri, le Tasse...), chantée en corse jusqu’au début du XXe siècle. L’action de l’association Cantu in paghjella suscite la créativité et l’innovation littéraire, par l’écriture de poèmes à destination des chanteurs de paghjella. Comme le prévoyait le dossier de l’inscription de 2009, désormais mis en œuvre sur ce point, la synergie entre les paghjellaghji et les chercheurs a des retombées dans le domaine de la documentation, de la promotion et de la mise en valeur.
Enfin, la paghjella se chantant à trois voix, cette pratique a revigoré le sens des échanges et de la recherche de l’harmonie entre groupes de chanteurs de micro-régions différentes.

Le cantu in paghjella est encore transmis oralement, par imprégnation et imitation intergénérationnelles et endogènes, dans un contexte coutumier : le cantu in paghjella profane, dans les foires, les veillées, sur les places ou dans les bars des villages ; le cantu in paghjella liturgique et para-liturgique, lors des divers offices dans l’église et pendant les processions hors de l’église.
Outil majeur de transmission, le collectage des chants passés et actuels est indispensable pour la sauvegarde du patrimoine vocal. Les collectages de F. Quilici (1948), de W. Laade (1956) et de M. Rohmer (1970) ont fait apparaître une grande concentration du cantu in paghjella dans des zones plutôt rurales et pastorales de la partie nord de la Corse (régions du Bozziu, de la Castagniccia et de Tagliu), mais les années 1970 ont correspondu à la désaffection des collectages et du mouvement du Riacquistu.
En novembre 2007, conformément à l’article 12 de la Convention de l’Unesco de 2003, l’État-ministère de la Culture a confié à l’association Cantu in paghjella la réalisation d’un inventaire, le premier depuis 1950, qu’il a, ainsi que la Collectivité territoriale de Corse, soutenu financièrement. Achevé en 2008, cet inventaire a révélé que le cantu in paghjella avait atteint son seuil minimum de vitalité : démographie faible et âgée de ses détenteurs, répertoire considérablement appauvri. En raison de l’urbanisation accélérée, les contacts intergénérationnels indispensables au mode de transmission oral avaient diminué et les occasions de transmettre s’étaient raréfiées. Le nombre de praticiens maîtrisant la technique spécifique du cantu in paghella et participant au contexte coutumier de son exécution et de sa transmission (messes, veillées…) n’était plus, fin 2007, que d’une trentaine.
Exposées infra en partie B.3a, d’incontestables avancées ont été enregistrées depuis ce dur constat des années 2008-2009 (déprise démographique, appauvrissement du répertoire, diminution de la participation des publics aux occasions de transmission, modification des règles d’exécution, raréfaction du contexte d’exécution).
Néanmoins, des risques importants, du fait de facteurs économiques et sociaux propres à la Corse, restent à prendre en compte pour la viabilité de l’élément, outre la mondialisation, menaçant la diversité culturelle en général : récupération à caractère commercial, touristique en particulier (tourisme de masse non contrôlé) ; récupération de la paghjella dans des pratiques lucratives de world music ; folklorisation du fait musical ; décontextualisation et la mise en spectacle des pratiques.

L’accroissement des activités de transmission
Depuis 2015 surtout, la transmission s’est faite au bénéfice :
- des adultes : les adultes sollicitent l’association Cantu in paghjella pour être initiés et formés au cantu in paghjella, à titre individuel ou au sein d’organismes locaux associés. Les ateliers se sont tenus dans des églises et lors de veillées coutumières.
- des élèves des collèges et lycées insulaires : ces publics scolaires ont bénéficié d’une opération pluriannuelle de grande envergure à destination d’élèves garçons et filles souhaitant participer aux ateliers. L’initiation et le repérage des élèves, réalisé fin juin 2015, a permis de commencer les formations à la rentrée 2015. Cette activité répondait à un enjeu du précédent rapport d’évaluation (2013) : « il a été décidé de former les jeunes par un apprentissage débutant en classe de 6e pour finir en classe de terminale, ce qui permet un apprentissage sur 7 ans ». L’accent a été mis sur le niveau Collège, avec des résultats inespérés : près de 500 élèves des classes bilingues français-corse, allant de la 6e à la 3e, ont participé, au rythme de 17 à 21 semaines dans l’année scolaire, avec des durées moyennes d’intervention de 2 heures hebdomadaires.
En outre, l’organisation des ateliers a permis aussi de rappeler l’importance de la maîtrise de la langue dans la pratique de la paghjella.

L’instauration d’un réseau de chercheurs autour du cantu in paghjella
La recherche, très sensiblement renforcée depuis 2016, doit développer une approche historique et ethnologique permettant de comprendre comment ce patrimoine oral a été constitué, a évolué et a été transmis dans le temps.
Lors d’une Assemblée générale extraordinaire (5 novembre 2016), au Musée de la Corse, l’association Cantu in paghjella a ajouté à ses statuts la création d’un Conseil scientifique. De portée internationale, il est composé de chercheurs indépendants, (ethno)musicologues, historiens du patrimoine et linguistes, reconnus pour leur action en faveur de la reconnaissance du patrimoine musical méditerranéen, ainsi que de praticiens corses. Il veut susciter et stimuler le développement de recherches musicologiques (sessions de formation, rencontres, échanges) à l’international. Ses membres, personnalités marquantes dans le domaine des musiques savantes et populaires, ont contribué à éclairer la connaissance, la diffusion et le renouvellement du cantu in paghjella.

La reprise de la collecte des sources sonores
En 2017, l’association Cantu in paghella a relancé la collecte des chants interprétés par les paghjellaghji dans le contexte coutumier, afin de compléter le corpus anciennement compilé. Cinq messes ont été enregistrées in situ, ainsi que des paghjelle profanes, et des collectes ont été réalisées lors de veillées dans les communautés villageoises.
Le site www.paghjella.com, alimenté au fil des collectes, qui présentait les activités de collecte et leurs résultats (avec les autorisations nécessaires) et proposant, en août 2015, un recueil de plus de 3000 paghjelle, a été abandonné en 2015 pour des raisons administratives et financières. En 2017, il a fait l’objet d’un chantier de refonte et a été réouvert fin décembre 2017 à l’adresse www.cantuinpaghjella.com.

La promotion et la mise en valeur
La communication auprès des médias, professionnels du tourisme et institutionnels, accentuée depuis 2016, commence à porter ses fruits, particulièrement pour la prise de conscience collective de l’irréversibilité d’un processus d’acculturation lié à une exploitation opportuniste à court terme de la paghjella. Le symposium de Corte de juin 2017 a été diffusé dans la presse écrite et audiovisuelle et promu auprès du grand public via les réseaux sociaux.

Actions de transmission aux adultes (2016-2017)
Performances en situation
La relance et l’entretien du processus de la transmission du cantu in paghjella doivent donner la priorité aux pratiques coutumières, lors de performances in situ, réglées par un calendrier cultuel ou culturel. C’est là que les praticiens peuvent réellement recréer, dans un contexte contemporain, un savoir-faire qui ne peut plus admettre la forme du concert ou du disque. Des animations ont eu lieu dans la communauté corse de la diaspora (Marseille, Montpellier, Paris) et des veillées, dans les villages de Castagniccia.
Ateliers
« L’atelier de paghjella est une forme inventée. Elle n’existait pas auparavant et n’a jamais été nommée comme telle. Remettre en vigueur cette forme d’enseignement, par un renversement de valeurs remarquable, devient une forme de transmission moderne » (Marie Ferranti, Les Maîtres de chant, Gallimard, 2004) : cet extrait pose bien les fondations de l’esprit qui anime les ateliers. Quatre ateliers ont été accueillis dans des communautés villageoises, à Orezza, Casinca, Fiumorbu et Corte notamment. À la paghjella profane s’est ajouté le répertoire religieux : dans le Fiumorbu ; à Bastia (église Saint-Roch), où des jeunes gens voulant intégrer la confrérie Saint-Charles sont venus chaque semaine apprendre la messe ; à Folelli et à Corte, où une quinzaine de jeunes gens passionnés ont appris les messes.

Actions de transmission aux scolaires (2015-2017)
Dans l’académie de Corse, l’association Cantu in pagjella est intervenue dans des classes bilingues corse-français de quatre collèges (Camille-Borossi à Vico, Simon-Vinciguerra à Bastia, Henri-Tomasi à Folelli et Philippe-Prescetti à Cervioni) et deux lycées (Balagne à L’Île-Rousse et Laetizia-Bonaparte à Ajaccio), avec six chanteurs aguerris : Petru Guelfucci, Jean-François Giammarchi, Jean-Marc Bertrand, Jean-Luc Geronimi, Petru-Santu Guelfucci et Mathieu Maestrini.
Ces transmetteurs se sont adaptés à l’espace scolaire, qui n’est pas « naturel » à l’expression de la paghjella. On chante debout, mais dans une classe, on se tient ordinairement assis. On chante à trois : comment empêcher le reste du groupe de former une masse, attentive ou pas ? Enfin, le système scolaire est essentiellement fondé sur l’écrit, tandis que la paghjella se transmet exclusivement à l’oral. L’espace scolaire doit donc être apprivoisé et l’enseignement, être original, au sens propre du terme, puisque tout à fait nouveau, tenir compte de ces contraintes et trouver sa place.
La dialectique entre l’enseignant et les élèves suit plusieurs étapes :
- détermination des ateliers : le nombre est fixé selon le calendrier scolaire des différents établissements de l’Éducation nationale et adapté à la demande dans le cadre du privé. Le nombre d’élèves par atelier était variable (10 à 21 maximum), pour une équipe de trois transmetteurs.
- contenu pédagogique : établi selon le niveau des élèves, il débute chaque cours par une présentation de la polyphonie, des formes poétiques (paghjella, terzettu, madricale), des voix (a seconda, u bassu, a terza) et des termes (versu, garbu, sguilla, ricuccate…). Le texte en corse de la paghjella, écrit au tableau, avec une forme fixe de 6 vers octosyllabiques, est lu à haute voix par l’un des chanteurs, notamment pour situer l’accent tonique. Le cours se poursuit avec une séance d’écoute et de démonstration de 2 ou 3 versi (styles d’interprétation) de diverses régions. Les chanteurs interprètent la paghjella devant les élèves, puis celui qui entonne la seconda chante la ligne mélodique, sur laquelle vont venir s’accorder les autres voix. Tous les élèves chantent ensuite à l’unisson. Chaque élève reçoit un dossier personnalisé (nom des intervenants, date et heure, notes).
- mise en pratique : trois grands groupes d’élèves sont formés en fonction de leur tessiture et surtout du registre dans lequel l’élève va être capable de s’accomplir (basse, baryton, ténor, haute-contre). Une fois la ligne mélodique de leur registre respectif maîtrisée, les élèves sont répartis entre les trois voix (seconda, bassu, terza), pour appliquer ce qu’ils ont appris et faire résonner leur première paghjella. Les cours, en partie enregistrés à l’aide d’appareils numériques, sont adressés à chaque fin de séance, par courriel, aux élèves, parents ou enseignant.
L’évaluation de ces ateliers scolaires se heurte à certaines difficultés. Au stade du collège, s’agissant d’élèves âgés de 11 et 15 ans, leur voix n’a pas encore mué ; il est difficile de trouver des basses, qui sont assurées en règle générale par l’un des enseignants. Avec deux ans de plus, le registre de la basse serait beaucoup plus représenté. L’association Cantu in paghjella regrette donc que ces élèves formés ne soient plus suivis au lycée, où l’enseignement de la paghjella pourrait donner ses meilleurs fruits. Enfin, l’efficacité des ateliers délivrés pour ces élèves âgés de 10 à 15 ans aurait été supérieure s’ils avaient été sensibilisés en amont, dès le primaire, par les équipes pédagogiques.

Activités de recherche (2016-2017)
Créé en novembre 2016, le Conseil scientifique international (France, Espagne, Italie) compte quinze membres en 2017, dont Markus Römer, Bernard Lortat-Jacob, Marcel Pérès, Luc Charles-Dominique, président du CIRIEF, Jean-Jacques Casteret, directeur de l’Ethnopôle InÒc Aquitaine, Marie-Barbara Le Gonidec, co-responsable du programme de recherche iiAC/LAHIC, trois ethnomusicologues italiens, trois musicologues corses, ainsi que le responsable du fonds d’archives polyphoniques du Musée de la Corse. S’y ajoutent le collège des chanteurs pratiquants (quatre à six membres) et des spécialistes de langue et de culture corses.
La présidence en a été confiée à Françoise Graziani, professeur de littérature comparée à l’université de Corse Pasquale Paoli (UMR CNRS LISA 6240).
Son 1er symposium, tenu à l’université de Corse à Corte, le 28 juin 2017, sur le thème « Cantu in paghjella : le sens de la recherche », a posé les bases d’un dialogue interactif entre chercheurs en musicologie et interprètes et relancé la dynamique initiée par l’inscription sur la Liste de sauvegarde urgente. Les échanges avec les autres pays de pratique polyphonique doivent être encouragés, à la fois dans une approche comparative et pour mettre en évidence les particularités du cantu. La rencontre a accueilli huit interventions scientifiques, rythmées par les chants, sur le mode non programmé des pratiques sociales traditionnelles des paghjellaghji. Toutes les composantes et variantes dans la pratique de la paghjella étaient présentes parmi les contributeurs et les auditeurs : chanteurs aguerris et débutants, représentants de Sermanu et de Rusio, de Tagliu, d’Orezza, de Casinca, de Balagne et de la Conca d’Oru. Un enregistrement intégral, vidéo et audio, a été réalisé, en vue de sa publication en ligne sur le site Internet de l’association.

Fonds sonores collectés (2017)
Cinq messes ont été enregistrées in situ :
- deux messes des vivants et des morts de Sermanu et deux messes des vivants et des morts de Rusiu, toutes enregistrées en studio (Jean-Bernard Rongiconi, studios L’Aghjulina à Valle di Rustinu) ;
- une messe enregistrée en l’église de Tox, en mémoire de l’abbé Paul Filippi, dit Gregale, poète reconnu, cofondateur de l’ensemble vocal A manella.
Un ensemble de paghjelle profanes dans les divers versi connus ont été enregistrés à l’auberge A ghjuvellina de Pedigrisgiu, par Jean-Bernard Rongiconi.

Participation des communautés
La communauté impliquée dans le cantu in paghjella est constituée des experts, responsables associatifs et praticiens, qui ont appris par transmission orale de type héréditaire ou de maître à disciple, par imprégnation ou par l’intermédiaire de collectages. Elle s’élargit aux habitants, originaires ou non, de l’île et aux Corses de la diaspora.
- Les paghjellaghji
En 2017, l’association a élargi sa gouvernance à tous les chanteurs du périmètre d’expression originel de la paghjella (grande Castagniccia et micro-régions hors périmètre : Balagne, Nebbiu, Sud ajaccien).
- Les contributeurs extérieurs des formations spécialisées
Des formations adhérentes de l’association l’ont aidée dans l’organisation des ateliers de transmission du chant, telles que la Scola di cantu natale Lucciani, qui a effectué un travail remarquable dans le ressort de la ville d’Ajaccio.
- Les communautés rurales
L’ouverture de l’association aux communautés villageoises, qui ont renoué avec leur mémoire collective, et, comme à Ajaccio ou à Bastia, aux jeunes urbains, réceptacles d’un exode intérieur conséquent depuis les années 1960 (la jeune génération renouant, grâce à la paghjella, avec la culture de leurs parents), a donné un élan et un enthousiasme important, porteur d’espoir pour la sauvegarde du cantu in paghjella.
Les relations nouées avec les organisations pastorales et les expériences menées dans la communauté des bergers, depuis toujours porteurs de cette culture, ont conforté l’association dans la pertinence de sa démarche de sauvegarde.
- Les enseignants des établissements d’accueil
Les enseignants en langue corse s’étant bien impliqués dans les ateliers accueillis en collèges et lycées en 2015-2017, la présence des chanteurs de paghjella a été vécue comme un « plus » apprécié des équipes pédagogiques, parents et enfants et un élément moteur dans l’apprentissage de la langue corse. Cette forme collective de chant a impliqué respect des autres et coordination d’équipe.
- Le public internaute du cantu
Après la fermeture du site historique www.paghjella.com (2015), la perspective de sa réouverture, sous une forme rénovée et enrichie, a généré, auprès de la jeune génération, un regain d’intérêt et, chez les anciens, un afflux important de témoignages.

Implication de l’association Cantu in paghjella
Chargée de mettre en œuvre le plan de sauvegarde depuis 2009, l’association a constitué, dès sa création en 2007, sous la présidence de Michèle Guelfucci-Glinatsis, une équipe de recherche de cinq personnes : un praticien reconnu et membre du collège Musique du Conseil économique, social et culturel (CESC) de Corse, une ethnomusicologue, deux chercheurs en anthropologie et une docteur en anthropologie membre d’une confrérie.
En 2017, le Conseil d’administration est composé de 6 membres (président, vice-président, trésorier, secrétaire et présidente du Conseil scientifique) et le Conseil scientifique est composé de 15 membres, auxquels s’ajoutent quatre à six paghjellaghji. L’équipe administrative est, pour l’instant, exclusivement composée de bénévoles (4).
L’association compte 45 adhérents, dont 33 chanteurs, 9 personnes ayant joué un rôle actif dans la préservation et la diffusion de la paghjella et 2 membres de soutien.

Renouvellement de la convention relative à la mise en œuvre du plan de sauvegarde du cantu in paghjella (28 août 2015)
La convention pluriannuelle cosignée entre l’État (ministère de la Culture et de la Communication), représenté par le préfet de Corse, et l’association Cantu in paghjella, a été renouvelée pour une période de 3 ans (2015-2017). Cet instrument engage l’État partie à prendre les mesures nécessaires pour assurer la sauvegarde du PCI présent sur son territoire et précise les engagements de l’État et de l’association vis-à-vis du plan de sauvegarde de l’élément.

Soutiens financiers à l’association Cantu in paghjella
Les aides publiques consenties à l’association sont de deux origines :
- des subventions annuelles du ministère de la Culture, déléguées à la direction régionale des Affaires culturelles (DRAC) de Corse, d’un montant de 45 000 € (imputés sur trois budgets en administration centrale, à égalité : direction générale à la Création artistique (DGCA), service de la coordination des politiques culturelles et de l’innovation (SCPCI) et programme 224 «Transmission des savoirs »). Elles ont été versées en 2015, en 2016 et en 2017.
- des subventions annuelles de la Collectivité territoriale de Corse (CTC), d’un montant de 45 000 €. Elles ont été versées en 2016 et 2017.

Calendrier et montant des activités de l’association Cantu in paghjella (2014-2017)
- Frais de fonctionnement courant : 6000 € en moyenne en 2014, en 2015, en 2016 et en 2017
- Organisation des ateliers d’adultes : 6000 € en 2016 et 6000 € en 2017
- Organisation des ateliers scolaires (octobre à juin) : 45 000 € en 2015, 65 000 € en 2016 et 65 000 € en 2017
- Conduite des opérations de collectage : 8000 € en 2017
- Prestation externalisée d’un nouveau site Internet : 3000 € en 2017
- Conseil scientifique (réunions de l’instance et organisation du 1er symposium de Corte) : 8000 € en 2017.

Apprentissage et transmission
L’apprentissage de la paghjella est un travail de longue haleine, qui exige une certaine méthode. Ce n’est pas tant la difficulté d’apprendre ce chant que l’interpréter à trois, qui requiert de longues heures, voire des années de pratique. La complexité de l’apprentissage a contraint à développer une méthode pratique, qui ira encore en se développant, alliant codes de la pédagogie au sein de l’Éducation nationale et de la paghjella, pour viser l’efficacité nécessaire à l’enseignement.
Pour les ateliers scolaires, une bonne partie du territoire corse a été couverte, mais il s’agira d’étendre encore le périmètre de l’intervention de l’association. Des moyens concrets d’enregistrement audio ou vidéo mériteraient d’être davantage utilisés, pour simplifier la démonstration pédagogique.
L’expérience amène à des constats divers sur l’aptitude collective des élèves à interpréter correctement ce mode de chant. Les collèges de Folelli et Bastia retenus sont des exemples de complète réussite. Les élèves du collège Vinciguerra (100 environ) sont parvenus à une réelle maîtrise de la paghjella, lors de leurs apparitions en public (cadre scolaires et périscolaire) et de manifestations urbaines. Les ateliers au collège de Cervioni (Castagniccia) sont plus décevants. Les ateliers au lycée Laetzia Bonaparte d’Ajaccio, pourtant bien déroulés, sont restés sans suite. Les collèges de Vicu et de Balagne, hors ressort historique de la paghjella (Grande Castigniccia), accueillent des élèves sans repère ni acquis par rapport à ce chant. Si l’on veut étendre la transmission hors des limites « naturelles » de la paghjella, des opérations de sensibilisation des élèves sont donc nécessaires en amont, en plus grand nombre, avec la coopération des équipes pédagogiques.
L’association n’a pas pour mission de « former » de grands chanteurs – ce que, d’ailleurs, on n’exige pas pour d’autres enseignements artistiques dans ce contexte -, mais de transmettre un élément de la culture corse dans son intégralité : répertoire, langue, poésie soutenant la paghjella, mélodies avec leurs diversités locales et humaines, versi et valeurs véhiculées par la pratique (partage, recherche de complicité et de complémentarité, solidarité et respect). Sans être l’objectif principal de la paghjella, les ateliers organisés ont rappelé l’importance de la maîtrise de la langue dans la pratique du chant. Ils ont aussi favorisé la parole : l’assurance donnée a montré un bénéfice chez nombre d’élèves quasi-mutiques, noté par beaucoup d’enseignants.
La recherche de l’harmonie, issue de la différence, a un sens concret dans le contexte des ateliers scolaires : on doit laisser à chacun sa place pour que le chant soit exécuté. Ce partage égalitaire de la différence a favorisé l’apprentissage des valeurs de tolérance, de partage et d’écoute en général. L’attrait du chant et de ce type d’enseignement sur les élèves a montré, dans les ateliers organisés en 2015-2017, des effets directs et indirects sur la personnalité des enfants, leur motivation à apprendre, à progresser, sur leur goût de la discipline, du travail en groupe et sur la pratique de la langue corse.

Promotion et valorisation
Pour pérenniser l’implication des jeunes formés dans le cadre des ateliers, scolaires et hors temps scolaire, notamment, et des adultes sensibilisés lors des performances (ateliers et veillées), une grande manifestation publique et populaire (du type festival du cantu in paghjella) manque encore, pour rassembler praticiens transmetteurs et élèves, novices ou confirmés. Elle est envisagée à court terme par l’association Cantu in paghjella.

L’école, du primaire au lycée, demeure un lieu privilégié d’apprentissage et un excellent moyen de sauvegarder ce chant et les résultats obtenus sont très positifs. Toutefois, au sein de l’équipe administrative de l’association Cantu in paghjella, le recrutement de permanents salariés s’imposera dans les prochaines années, pour maintenir ce rythme d’activités et pouvoir répondre à l’élan suscité. Pour le plan de sauvegarde, la question des locaux et des moyens se pose aussi, nécessitant une réflexion à l’avenir, en coopération avec associations, municipalités et confré-ries. L’association considère aussi urgente la réouverture du Centre de musiques traditionnelles de Corse, créé en 2001 et liquidé par le tribunal de grande instance de Bastia en 2011, à la suite de dysfonctionnements. Cette situation a des conséquences négatives sur la préservation et le développement de toutes les musiques traditionnelles, dont le cantu in paghjella.

Objectifs principaux visés et résultats concrets attendus
Tout en proposant des mesures nouvelles, le plan de sauvegarde actualisé veut s’inscrire, déli-bérément, dans les axes conçus dès 2009, l’association Cantu in paghjella, chargée de sa mise en œuvre, étant convaincue de la nécessité d’un développement dans la longue durée. Elle vise-ra donc encore la transmission, la recherche, la protection et la promotion/mise en valeur.
Les résultats concrets attendus doivent se mesurer au plan quantitatif, touchant tout à la fois les paghjellaghi, les élèves formés, les contributeurs et auditeurs des ateliers, performances et veil-lées, les intervenants et participants des activités proposées par le Conseil scientifique, les enre-gistrements sonores captés, archivés et restitués au public.

Activités principales à mener et calendrier prospectif
Transmission
L’association Cantu in paghjella va conforter les liens de convergence avec l’enseignement traditionnel afin d’offrir une visibilité plus grande. Il est important de réfléchir à la sensibilisation, voire à la formation, des professeurs des écoles ainsi qu’à une sensibilisation et une initiation des enfants dès le cours préparatoire. La conception et l’édition d’un éventail de supports pédagogiques adaptés aux tranches d’âges doit être mise en chantier en collaboration avec le réseau Canopé (ex-Centres régionaux de documentation pédagogique). Au niveau supérieur (lycée d’enseignement général ou enseignement technique), une réflexion avec le corps enseignant doit également être lancée.
En complément, l’association va entreprendre des actions d’immersion des élèves au cœur de la ruralité (une « journée au village »).
Elle va entreprendre des formations de chanteurs. La sensibilisation, la motivation et la formation de nouveaux chanteurs s’avèrent nécessaires pour élargir encore son action. Il conviendra d’investir d’abord les écoles bilingues, au nombre de quinze sur le territoire corse.
L’association se donne pour objectif immédiat la création de centres de transmission répartis dans les micro-régions traditionnellement les plus concernées (Orezza, Bozziu, Fiumorbu, Casinca, Nebbiu et Balagna).

Recherche
Dans le cadre des activités du nouveau Conseil scientifique international, il conviendra de mettre à profit les résultats de la collecte des versi et des études réalisées au cours de la convention 2015-2017 entre la DRAC de Corse et l’association Cantu in paghjella.
Le 1er symposium de juin 2017, très largement relayé par les médias locaux, a confirmé que la nouvelle dynamique instaurée demande à être soutenue avec constance pour répondre aux attentes des praticiens, du public, mais aussi des chercheurs. Il a invité le Conseil scientifique à engager des travaux, à l’avenir, dans plusieurs directions simultanées :
- situer le cantu in paghjella dans le cadre des nouvelles orientations prises par l’ethnomusicologie, notamment relativement aux concepts de multipart music et de patrimoine vivant (PCI) ;
- préciser l’apport du comparatisme et de l’interdisciplinarité dans la compréhension de pratiques structurellement complexes et en évolution constante, tant esthétiquement que sociologiquement ;
- repenser la fonction intellectuelle et sociale des traditions dites « populaires », en considérant à la fois les différentes manières dont elles contribuent à maintenir actifs les liens sociaux et intellectuels entre passé et présent, tout en prenant en compte leur fonction exemplaire en tant que modèles de transformation durable ;
- définir les exigences d’une recherche participative, dont la visée se veut plutôt archéologique que normative ;
- resserrer les liens entre recherche et création, pour permettre de nouveaux accords entre l’enseignement, la collecte et la conservation, les acteurs culturels et la société civile ;
- identifier les outils les plus pertinents pour l’analyse et l’interprétation du rapport entre texte et musique, afin de permettre une appropriation efficace par les nouveaux interprètes ;
- tirer le meilleur parti critique des innovations techniques et de leurs effets sur la pratique comme sur la réception des traditions polyphoniques, en Corse et ailleurs.

Protection
L’association Cantu in paghjella va créer une phonothèque, en lien avec le Musée de la Corse, qui mettra son fonds sonore à la disposition de l’association. En échange, cette dernière déposera tous ses nouveaux enregistrements afin d’enrichir le fonds du musée.
Un appel à contribution va être lancé dans les communautés villageoises pour recueillir des archives et témoignages détenus par les familles, afin d'enrichir le fonds patrimonial.

Promotion et mise en valeur
L’association Cantu in paghjella va utiliser davantage les moyens de diffusion (vidéos, enregistrements en ligne sur internet, page Facebook) et rechercher le partenariat avec les médias locaux pour la valorisation des fonds anciens.

Soutien de l’État partie à la mise en œuvre du plan de sauvegarde à jour
Le renouvellement, à compter de 2018, de la convention pluriannuelle entre l’État (ministère de la Culture) et l’association Cantu in paghjella est indispensable à la poursuite des activités engagées.
Il doit s’élargir à un conventionnement avec la Collectivité territoriale de Corse, pour accroître encore l’efficacité des activités de l’association et le rayonnement de la pratique à l’échelle insulaire, hexagonale et à internationale.
L’association doit pouvoir bénéficier d’une habilitation « Centre de formation », seule ou en partenariat, avec un centre de formation agréée, de manière à délivrer des formations et des habilitations, donc des formations diplômantes, tant aux intervenants paghjellaghi qu’aux enseignants en langue et culture corse, et, plus tard, aux élèves formés les plus motivés, afin qu’ils deviennent à leur tour des transmetteurs. Ce moyen est essentiel à la démarche de sauvegarde et de perpétuation du cantu in paghjella.

Besoins financiers liés au plan de sauvegarde
Les subventions annuelles de la direction régionale des Affaires culturelles de Corse et de la Collectivité territoriale de Corse doivent être maintenus à leur niveau actuel.

Les praticiens. - Entrepris depuis 2016, l'élargissement des adhérents à l'association permettra dans de brefs délais de consolider l'implication des individus et des communautés de chanteurs actuellement dispersés.
À partir du Conseil scientifique récemment créé, les prémices de la mise en place d’un réseau euro-méditerranéen sur la thématique du chant polyphonique ont généré de grands espoirs dans la communauté des chanteurs, désireux de confronter leur pratique avec d’autres communautés.
Conformément aux termes du dossier d’inscription de l’élément à l’Unesco en 2009 (« la création d’un réseau de paghjellaghji, qui transmettrait les répertoires profane et liturgique à quinze jeunes tous les deux ans permettrait de doubler le nombre de praticiens en quatre ans »), l’association Cantu in paghjella s’est encore davantage appuyée sur la communauté de praticiens (paghjel-laghji), aptes à transmettre aux jeunes générations la pratique du cantu. Les paghjellaghji dési-gnés par l’association sont ceux qui exécutent régulièrement le cantu dans les conditions coutu-mières et bénéficient de la reconnaissance de leurs pairs.
Les associations culturelles. - L'association se fixe pour objectif de fédérer les associations cul-turelles œuvrant de près ou de loin dans le domaine du chant polyphonique, de structurer par mi-cro-régions les communautés de chanteurs et soutenir les initiatives locales de promotion. No-tamment un projet en cours de convention avec des associations de bergers actives sur le terri-toire dans la réappropriation et la transmission des chants et de la poésie pastorale.
Les médias locaux. - Un partenariat est en cours avec les médias locaux (RCFM et FR3 Via Stella) pour récupérer des documents audiovisuels existants et pour soutenir les actions d'éduca-tion populaire sous forme d'écoutes régulières et commentées, et encourager des initiatives nou-velles.
Les chercheurs spécialisés. - Une plate-forme multimédia en cours de réalisation à l’UMR CNRS LISA de l’université de Corse fera prochainement l’objet d’une convention de partenariat pour la consultation publique des fonds collectés par l’association.

Organismes impliqués
L’association Cantu in paghjella, chargée du plan de sauvegarde, réunit praticiens, chercheurs et collecteurs.
La DRAC de Corse cosigne la convention sur la mise en œuvre du plan de sauvegarde et soutient l’association par délégation de crédits ministériels.
La Collectivité territoriale de Corse soutient transmission et collecte par ses subventions. Elle participe au schéma départemental des enseignements artistiques, qui inclut l’enseignement du cantu in paghjella. Le Chœur d’hommes de Sartène, membre du comité de suivi, relève de ses services.

Organisations concernées
Les deux directions ministérielles de la Création artistique (DGCA) et des Patrimoines (DGP), le Centre français du PCI et le rectorat d’académie de Corse sont membres du comité de suivi.
À l’université de Corse, où enseigne F. Graziani Giacobbi, présidente du Conseil scientifique de l’association Cantu in paghjella et bientôt directrice de la fédération Recherche Environnement et Société, l’UMR CNRS LISA développe une plate-forme pour la consultation publique des fonds collectés.
Le Musée de la Corse héberge la Médiathèque de Corse, détentrice des fonds polyphoniques (Quilicci, Römer et Laade...).

Le présent rapport a été rédigé en concertation avec les membres du Bureau de l'association Cantu in paghjella qui ont consulté les principaux partenaires cités plus haut. Deux réunions ont été organisées au cours de l'année 2017, complétées par des contributions écrites et des échanges informels avec les praticiens. La communauté des chanteurs a été fière d’être associée aux réflexions sur la sauvegarde de leur expression. Au-delà des chanteurs, les anciens dans les villages et dans les cités, les jeunes formés dans les collèges et l’université de Corse ont été associés aux réflexions de l’association Cantu in paghella.
À l’occasion de dernière réunion, le comité de suivi de l’élément a également permis de compiler les éléments nécessaires et a contribué à la synthèse des activités. Il est composé de quatre paghjellaghji, membres de l’association Cantu in paghjella, de deux représentants de la direction régionale des Affaires culturelles de Corse, d’un représentant de la direction générale de la Création artistique, d’un représentant de la direction générale des Patrimoines et de quatre personnalités qualifiées, dont un représentant du Centre français du Patrimoine culturel immatériel, le directeur de la Culture et du Patrimoine de la Collectivité territoriale de Corse, un représentant du rectorat d’académie de Corse et du chef du chœur d’hommes de Sartène.

Nom

Laurent STEFANINI

Titre

Ambassadeur de France, délégué général auprès de l’Unesco

Date

-

Signature

Nom de l'État partie

France

11-07-2006

Nom de l'élément

Le Cantu in paghjella profane et liturgique de Corse de tradition orale

Inscrit en

2009

2009 - 2015

Le Cantu in paghjella profane et liturgique de Corse de tradition orale (2009)

     De 2009 à 2014, les modalités de transmission du « cantu in paghjella » ont peu évolué, les personnes dépositaires du savoir et des traditions ont continué à chanter lors des messes et des fêtes profanes et sacrées et ont organisé des veillées selon le mode ancestral de transmission. L'inscription au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO a toutefois eu des effets induits avec un engouement plus marqué des populations qui ont pris conscience de la richesse de ce patrimoine et de sa fragilité. Des collectes et enregistrements ont été plus systématiquement organisés lors des messes et veillées.
Depuis 2015, une nouvelle dynamique est mise en œuvre grâce à l’ouverture d’un financement de 45 000€ annuel par le Ministère de la Culture. En effet, avant 2015, différents projets liés à la convention de financement permettant le versement des subventions nécessaires à la viabilité du plan de sauvegarde n’avaient pas abouti, ce qui a considérablement limité les possibilités de réalisation d’opérations d’envergure destinées à la transmission et à la recherche sur le « cantu in paghjella ». Il convient en effet de souligner, pour mémoire, que les chanteurs ne se font jamais rémunérer lorsqu’ils chantent lors des cérémonies religieuses, ce qui implique une réelle disponibilité de leur part et les oblige souvent à délaisser leur activité professionnelle, ce qu'ils ne peuvent évidemment faire, dans l'état actuel, que de manière ponctuelle.
Le financement octroyé en 2015, bien que modeste et sensiblement en deça des financements envisagés dans le dossier de candidature, a cependant permis de créer une dynamique de formation permettant d’indemniser les intervenants. L’association Cantu in paghjella, qui est la cheville ouvrière de la pérennité du cantu in paghjella, s’appuie sur la communauté de praticiens, les paghjellaghji, capables de transmettre aux jeunes générations la pratique du cantu in paghjella. Les paghjellaghji désignés par l’association sont ceux qui exécutent régulièrement le cantu in paghjella dans les conditions coutumières et bénéficient de la reconnaissance de leurs pairs.
L’objectif poursuivi par l'association Cantu in paghjella est d'augmenter de façon significative le nombre de personnes formées pour devenir à leur tour, à plus ou moins long terme, des paghjellaghji.
La transmission se fait aujourd'hui au bénéfice de deux publics distincts : des adultes et des élèves de plusieurs classes bilingues des collèges insulaires.
Les adultes formés font directement une demande à l'association pour être initiés et formées au cantu in paghjella, à titre individuel ou au sein d'autres associations. La formation est réalisée dans le cadre d'ateliers et lors de veillées coutumières.

Les publics scolaires bénéficient d'une opération pluriannuelle de grande envergure à destination d'élèves (garçons et filles souhaitant participer aux ateliers) de plusieurs collèges ayant des classes bilingues français-corse. L'initiation et le repérage des élèves ont été réalisés en juin 2015 pour commencer les formations dès la rentrée de septembre 2015.

Titre (Mme/M., etc.)

M.

Nom de famille

Hottin

Prénom

Christian

Institution/fonction

Ministère de la Culture/Direction générale des patrimoines/Adjoint au directeur du département du pilotage de la recherche et de la politique scientifique

Adresse

6 rue des Pyramides 75001 Paris

Numéro de téléphone

0140158724

Numéro de fax

Adresse électronique

christian.hottin@culture.gouv.fr

Autres informations pertinentes

La communauté démographique est constituée par la société civile insulaire, c’est-à-dire les habitants -originaires ou non- de l'île. Toutes ses composantes sont représentées au sein du Conseil Économique, Social et Culturel de Corse (CESC). La communauté culturelle est constituée d'environ trente praticiens, de cinq experts et de responsables associatifs dans le domaine du cantu in paghjella. Quant aux Corses de la diaspora, ils sont regroupés dans des associations sur le Continent et à l'étranger. Le cantu in paghjella se manifeste dans nombre d’aspects de la vie corse, que ce soit sur l’île même ou en dehors, en tant que tradition et expression orale, pratique sociale, rituel et événement festif. Le cantu in paghjella joue ainsi un rôle fondamental dans le processus d’identification et d’auto-reconnaissance de toutes ces communautés démographiques et culturelles. Il faut maîtriser la technique vocale du cantu in paghjella et l'interpréter régulièrement lors de fêtes et de veillées ainsi qu'à l'occasion des offices liturgiques et paraliturgiques (au sein de confréries ou pas). La fonction culturelle est également primordiale car elle permet, par le chant, de transmettre l’héritage linguistique, poétique et littéraire de la région. Le cantu, chanté soit sur le territoire corse, soit au-delà, permet aux Corses de retrouver un sentiment d’identité quel que soit l’endroit où ils se trouvent. Il permet également de faire connaître la culture corse à travers le monde. Le cantu in paghjella a donc une signification sociale essentielle, en permettant à tous les Corses, et à tous les visiteurs ou habitants d’origine non-corse, de partager des moments de convivialité et de fraternité. .   

Malgré les efforts de ses praticiens pour revitaliser la transmission orale et réactiver les répertoires, le cantu in paghjella a atteint son seuil minimum de vitalité, du fait de la forte diminution de la démographie de ses praticiens et de l'appauvrissement de son répertoire. De plus, les publics, et donc les praticiens potentiels, participent de moins en moins aux occasions de transmission orale par imprégnation. La démographie des praticiens subit deux facteurs qui menacent sa viabilité : la forte diminution du nombre des praticiens à cause de la diminution des contacts intergénérationnels. En deux générations, le nombre de praticiens a diminué des deux tiers et ils ne sont plus que 30 à maîtriser la technique vocale. la faible représentativité des moins de 40 ans (la majorité des praticiens actuels a entre 45 et 80 ans) qui seraient susceptibles de transmettre à leur tour. Cette faible démographie a contribué à appauvrir le répertoire. Aujourd’hui, seuls les versi (chants) profanes de Rusiu et d'Orezza sont régulièrement exécutés et transmis. Ceux de Sermanu et de Tagliu sont très rarement interprétés. Quant au répertoire liturgique, seuls ceux de Rusiu et de Sermanu sont complets et constituent la matrice du répertoire recréé des confréries et de celui interprété par les chantres non confrères. Il ne reste que cinq praticiens qui savent encore porter tous les versi profane et sacré. De même, la participation du public à la transmission a subi des changements notables. Les occasions d’imprégnation et de transmission ont diminué, la population assiste de moins en moins aux offices du dimanche et ne peut se rendre régulièrement aux foires car leur calendrier coïncide avec la période touristique et la rentrée scolaire. Seules les fêtes patronales sont encore fréquentées.  La médiatisation de la musique corse a occulté les menaces qui pèsent sur le cantu in paghjella. L'engouement pour ce que l'on nomme « chants polyphoniques corses » ainsi que la multiplication des groupes se réclamant du chant corse traditionnel ont entretenu la confusion sémantique avec le cantu in paghjella, particulièrement auprès des membres les plus jeunes de la communauté insulaire qui constituent un vivier de praticiens, susceptibles de perpétuer le cantu in paghjella.

L’objectif principal est d'augmenter de façon significative le nombre de personnes formées pour devenir à terme des paghjellaghji. En effet, le nombre des praticiens n'a cessé de diminuer au cours des années, du fait d'une baisse démographique, mais aussi d'occasions de pratiquer qui se font de plus en plus rares. La transmission se fait aujourd'hui au bénéfice de deux publics distincts : des adultes d'une part, et des élèves de plusieurs classes bilingues des collèges insulaires, d'autre part. Les adultes formés ou en cours de formation font directement une demande à l'association pour être initiés et formés au cantu in paghjella, que ce soit à titre individuel ou que ce soit au sein d'autres associations auxquels ils peuvent appartenir, de quelque nature qu'elle soit. La formation est réalisée de deux manières : dans le cadre d'ateliers et lors de veillées coutumières, dans le respect de la tradition de la transmission du cantu in paghjella. Pour sa part, la formation des enfants est réalisée dans le cadre des activités péri-scolaires. Au cours de l’année 2015, année de mise en place du financement par le ministère de la culture dans le cadre des mesures de sauvegarde, une centaine d’élèves de collèges sont en cours d’apprentissage. Si le cursus est mené à son terme, à savoir de la 6ème à la terminale ( touchant ainsi des élèves de 11 ans à 18 ans), nous pouvons espérer doubler le nombre de paghjellaghji pratiquants durant les dix prochaines années.

Deux principales activités de sauvegarde ont été développées et connaissent un succès certain : la collecte par enregistrements systématiques des veillées et grands évènements durant lesquels les paghjelle sont chantées. Cette collecte est directement réalisée par l’association “cantu in paghjella”. Elle a pour but final de créer une phonothèque qui sera mise librement à disposition de l'ensemble des personnes de toutes origines, simples amateurs, élèves, ou professionnels, qui souhaitent améliorer ou approfondir leurs connaissances des versi existants ainsi que des différentes versions et interprétations possibles connues à ce jour. La transmission Elle est développée au profit de deux publics distincts : Premier public, les adultes, pour qui l’association organise des stages qui peuvent être de deux sortes : première sorte, des stages d'initiation permettant à tous les publics de découvrir la technique de chant et le répertoire. Ces stages d'initiation permettent à ces publics d’appréhender la complexité de ce patrimoine oral de la culture corse,ainsi que la technique vocale et la fonction sociale des paghjelle dans la société corse. Le deuxième type de stage consiste en des stages de perfectionnement pour des personnes connaissant déjà la technique de chant et qui souhaitent apprendre un répertoire qu'ils ne maîtrisent pas encore ou dont ils ne sont pas encore très familiers. Deuxième public, les élèves des classes bilingues des collèges insulaires : c’est le public majoritairement visé depuis la mise en place des financements en 2015. L'objectif qui est poursuivi avec ces élèves est de permettre la réappropriation par les jeunes générations du répertoire et des techniques du cantu in paghjella, afin qu'ils soient demain à même de préserver et faire vivre ce patrimoine oral. Ces formations sont organisées en ateliers : le nombre d'ateliers est fixé selon le calendrier scolaire. Il est défini avec les différents établissements dans les cadres définis par le Ministère de l'Education Nationale, Le nombre d'élèves est variable, allant de 10 à 21 maximum. Chacune de ces classes est encadrée par une équipe de trois transmetteurs. Le contenu pédagogique est établi en fonction du niveau des élèves. Le cours débute d'abord par une présentation de la polyphonie accompagné d'explications : -des formes poétiques : paghjella, terzettu, madricale -des différentes voix: -a seconda= voix principale (qui lance le chant) -u bassu= voix de basse (qui vient soutenir "a seconda") -a terza= voix haute ou tierce (qui vient ornementer le chant avec des mélismes appelés "e ricuccate") Ensuite trois grands groupes d'élèves sont formés en fonction de leur tessiture ou plus précisément du registre dans lequel l'élève va être capable de s'accomplir. On peut ainsi distinguer trois grands types de tessiture : celle de la basse, celle du baryton et celle du haute-contre. Une fois que la maîtrise de leur ligne mélodique est acquise dans leur registre respectif, vient in fine le moment de la mise en pratique. Les élèves forment alors des groupes de trois voix (seconda ou voix principale, bassu ou voix de basse et terza ou tierce) pour mettre en application ce qu'ils ont appris et ainsi faire résonner leur première paghjella. Chaque élève a son dossier personnalisé où sont inscrits le nom de chaque intervenant, la date et l'heure, plus des notes relatives aux cours qu'ils ont suivis, etc. Les cours sont en partie enregistrés à l'aide d'appareils numériques et envoyés systématiquement à chaque fin de séance par e-mail sur les boîtes mail des élèves disposant d'une adresse ou celle des parents et du professeur . Le cours se poursuit avec un séance d'écoute où les élèves assistent à des démonstrations de 2 ou 3 "versi" ( c'est-à-dire de style d'interprétation) issus de diverses régions.

Il faut différencier les différents événements durant lesquels la pratique du cantu in paghjella est effective. Lors des pratiques religieuses, il faut distinguer les messes des morts, qui par définition ne peuvent être programmées et qui sont chantées par les praticiens qui habitent le plus près et qui ont pu se libérer compte-tenu de leurs obligations professionnelles et personnelles et les fêtes religieuses qui sont programmées à l’avance et permettent à la communauté des paghjellaghji de s’organiser et de se retrouver autour d’un événement majeur de la société corse. Les veillées sont organisées par les praticiens et sont des moments d’échange et de partage décidés en commun. Dans le cadre de la transmission, c’est l’association “cantu in paghjella” qui réalise les opérations du plan de sauvegarde. Les praticiens du “cantu in paghjella” regroupés au sein de l’association organisent les formations par groupe de trois personnes afin que les trois voix (a seconda, u bassu, a terza) soient représentées. C’est une difficulté de plus qu’il faut gérer pour organiser les équipes de formateurs, Au sein de l’association, des praticiens ont accepté de mettre entre parenthèses leurs activités professionnelles pour transmettre les paghjelle aux jeunes générations; ce qui est un vrai effort personnel compte tenu du faible budget ( 45 000€ par an) permettant de les indemniser et des contraintes que leur engagement fait peser sur leur emploi du temps. Actuellement deux équipes de trois personnes ont pris en charge la formation des collégiens.

     Les activités de collectes font l'objet d'un plan particulier. Ce plan vise à prolonger l'importante activité de collecte qui a eu lieu en Corse avant l’inscription sur la liste de sauvegarde du patrimoine immatériel de l’UNESCO de 2009, et qui a permis de dresser un état des lieux démographique des pratiques, mais aussi typologique des chants et des répertoires en cours, ou en train de disparaître, dans des villages souvent reculés, et contenant parfois très peu d'habitants. Cet inventaire va se poursuivre et suivra les deux orientations déjà amorcées, pour permettre d'établir de manière fine le nombre de transmetteurs existant encore, et pour permettre de mieux localiser les différents types de chants. Cet inventaire continuera pendant l'année 2016 grâce au financement du Ministère de la Culture, qui octroie un budget de financement global de 45000€ comprenant également la transmission. L'autre aspect concerne les activités de transmission. Les mesures liées aux activités de transmission avaient déjà été mises en place avant

         L’application effective du plan de sauvegarde a pris du temps pour se mettre en place. Elle a de fait moins d'un an, même si l'association porteuse du projet a toujours été très active. De ce fait il reste difficile de faire une réelle évaluation de l’efficacité des mesures mises en œuvre mais il est possible de dresser un premier état des lieux des difficultés qu'ont dû affronter les porteurs de tradition, essentiellement liées à des contraintes financières mais aussi des réels espoirs liés à la mise en oeuvre globale des mesures de sauvegarde, qui laisse vraiment espérer qu'elles vont, dans les prochaines années, trouver leur efficacité et qu'elles vont permettre de transmettre le cantu in paghjella auprès des publics intéressés, jeunes ou adultes, ainsi que sensibiliser ceux qui, bien que non praticiens, apprécient le cantu in paghjella. Il est toutefois important de mettre l’accent sur le réel engouement des élèves des collèges participant au programme de formation. En effet, aujourd’hui, près d'une centaine d’élèves bénéficie actuellement de l’enseignement du cantu in paghjella, mais la demande des jeunes publics s'est révélée bien plus élevée que prévu. Le nombre des jeunes élèves intéressés et motivés pour suivre de manière assidue les activités de transmission pourrait facilement atteindre le double voire le triple si les moyens financiers dégagés permettaient aux praticiens souhaitant transmettre leurs savoirs de pouvoir être indemnisés et d'être ainsi déchargés des activités et métiers qu'ils exercent en plus de leur art. En effet, si les praticiens consacraient l'essentiel de leur temps à transmettre de manière formelle l'enseignement des paghjelle aux élèves des collèges et lycées d'une part, et d'autre part, à enseigner également le cantu in paghjella à des adultes toujours plus nombreux, souhaitant parfaire leurs connaissances, le cantu in paghjella pourrait connaître un réel regain de popularité, et serait de nouveau partagé par une majeure partie de la population. Force est de reconnaître que les moyens financiers mis en œuvre sont très nettement insuffisants et que les opérations de transmission actuellement en cours de réalisation reposent essentiellement sur l’engagement personnel des paghjellaghji qui ne veulent pas voir disparaître leur patrimoine. Les résultats seraient plus probants si les mesures de sauvegarde avaient débuté dès 2010. Les résultats obtenus sont déjà bien supérieurs à ceux qui pouvaient être espérés compte tenu du faible montant octroyé. Il ne s'agit donc pas là d'un problème lié aux praticiens, ou aux publics d'amateurs plus ou moins affirmés. Au contraire, ils sont tous extrêmement motivés pour faire vivre le cantu in paghjella, et les jeunes constituent un vivier qui saura certainement produire de bons chanteurs dans les années futures, sensibles à la transmission de leur héritage, ainsi qu'à son renouvellement. Les ressources humaines existent, mais elles ne sont pas encore tout à fait appropriées car le financement n'est pas suffisant pour répondre au fort potentiel lié à la transmission et à la sauvegarde du cantu in paghjella.

   Depuis 2009, une vraie prise de conscience de la fragilité de ce patrimoine porté il y a encore quelques années par quelques praticiens vieillissants a vu le jour. C’est dans ce contexte et grâce à un financement du ministère de la culture qu’il a été décidé de former les jeunes par un apprentissage débutant en classe de 6ème pour finir en classe de terminale, ce qui permet un apprentissage sur sept ans ; cette formation s'effectue sur la base du volontariat pour les enfants qui souhaitent s’inscrire dans ce cursus. Les professeurs de musique et de langue corse des collèges concernés ont également adhéré au projet sur la base du volontariat. Cet apprentissage par la formation des jeunes (garçons et filles) permet d’avoir une approche à long terme. Se met ainsi en place, sur de longues années, en continu, avec des encadrants qui sont aussi des praticiens engagés dans une pratique non liée au spectacle, une formation de fond nécessaire à une pratique réelle des paghjelle pour ces enfants, une fois qu'ils arriveront à l’âge adulte. La formation par classe d’âge permet en outre de créer des liens entre les futurs praticiens qui pourront à leur tour mettre en pratique l’enseignement qu’ils ont reçu de leurs aînés. Si les financements nécessaires à cet enseignement sont pérennisés, il y a de fortes chances d’arriver à assurer une sauvegarde continue du cantu in paghjella.

    Le Ministère de la Culture et sa direction régionale des affaires culturelles de Corse (ainsi que la Collectivité Territoriale de Corse qui devrait participer au plan de sauvegarde, en 2016,dès lors que l’État a décidé son financement en 2015), L’association « Cantu in paghjella » qui regroupe les praticiens et qui a porté le dossier de sauvegarde en 2009. L’ensemble de la société corse qui intègre le cantu in paghjella dans ses pratiques cultuelles et culturelles

     le présent rapport est le fruit d’une collaboration étroite et suivie, qui date même d'avant le dépôt de la candidature sur la liste de sauvegarde urgente de l'UNESCO, entre le Ministère de la Culture et son service régional la direction régionale des affaires culturelles de Corse ainsi que de l’association « Cantu in paghjella”. Tout au long du processus de rédaction du rapport, les trois parties ont travaillé étroitement de concert. Grâce à l'implication de l'association “Cantu in paghjella”, composée essentiellement de bénévoles, et à leur action dans l'éducation formelle, au sein des lycées, des collèges ou des établissements d'enseignement primaire, les jeunes ont été sensibilisés à la démarche UNESCO et à l'élaboration du présent rapport. Egalement fortement impliqués dans la transmission auprès du public adulte, que ce soit de manière formelle dans les cours, ou de manière informelle dans les veillées, ou dans d'autres occasions liées à des cérémonies rituelles ou profanes, ils ont réussi à sensibiliser à l'établissement du rapport un plus large public, composé de praticiens, mais aussi de simples amateurs sensibles à la musique et au répertoire du cantu in paghjella. Ils travaillent également de manière étroite avec la direction régionale des affaires culturelles de Corse, qui a attentivement suivi tout le processus de rédaction et de réalisation du présent rapport.

Nom

Laurent Stéfanini

Titre

Ambassadeur, Délégué permanent de la France auprès de l'UNESCO

Date

27-04-2016

Signature

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